Heures Musicales de l'Abbaye de Lessay

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Pour France Culture et Frédéric Martel dans son émission Soft Power et le journaliste Michel @LeMonde, certains festivals de musique classique auront bien lieu, dont le Festival de La Roque-d’Anthéron et celui de l’abbaye de la Sainte-Trinité de Lessay.
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Les Heures Musicales de l’Abbaye de Lessay: une édition 2020/2021 dans les temps

Jauge, distanciation, orchestres réduits : comment le festival les Heures Musicales peut se tenir


Jauge, distanciation, orchestres réduits : comment le festival les Heures Musicales peut se tenir

Par Thomas Corlin | le  | Normes erp, réglementation sonore

Alors que la presque totalité des festivals musicaux de cet été ont été annulés pour raisons sanitaires, quelques rendez-vous classiques se maintiennent. C’est le cas des Heures Musicales de l’Abbaye de Lessay en Normandie. Son directeur Olivier Mantei nous détaille dans quelles conditions il aura lieu.

Un concert de l'édition 2019 dans l’Abbaye de Lessay.
                                                                       Un concert de l’édition 2019 dans l’Abbaye de Lessay.

« Ça s’est surtout joué sur la volonté, de la part de l’équipe comme des musiciens », considère Olivier Mantei, qui dirige à titre bénévole les Heures Musicales de l’Abbaye de Lessay dans la Manche, en marge de ses activités à la tête de l’Opéra Comique ou en co-gestion des Bouffes du Nord à Paris. « Nous n’avons d’ailleurs jamais annulé, même si on savait que c’était une menace ». Tandis que les festivals d’été, théâtre comme musique, ont massivement été déprogrammés pour cause de crise sanitaire, cette manifestation de musique classique qui s’étale du 17 juillet au 14 août se déroulera finalement dans sa totalité, au prix de quelques ajustements.

C’est d’abord bien sûr la jauge qui a été adaptée. Celle-ci sera réduite de moitié, et seuls 270 tickets ont donc été mis en vente pour chaque soirée – un manque à gagner sur les recettes que le festival peut assumer selon Olivier Mantei. « Les Heures Musicales reposent certes beaucoup sur leur billetterie, mais elles n’ont pas beaucoup de frais de fonctionnement – seules deux personnes sont salariées. Et nous comptons par ailleurs sur des aides de la Région, qui n’ont pas encore été actées, mais nous sommes confiants. » Les soirées conservent par ailleurs le même tarif que lors des éditions précédentes.

Ce sont ensuite les formations qui seront réduites dans certains cas, pour s’en tenir à un effectif de 30 musiciens au maximum. « Cela représente d’ailleurs des frais en moins, ce qui compense partiellement le manque de recettes de quelques concerts ». Le programme des ensembles qui ont dû être tronqués de plusieurs musiciens a ainsi été modifié.

L’Abbaye de Lessay
                                                                                            L’Abbaye de Lessay – © DR

Côté logistique, la dispersion du public imposée par les restrictions sanitaires a été facilitée par la disposition de l’Abbaye. « Sans ça, nous n’aurions peut-être pas pu maintenir l’événement. Dans le cas du classique et d’un tel lieu, la distanciation sociale peut même représenter une aubaine et optimiser les conditions d’écoute et le confort de chacun. »

Si les Heures Musicales font partie, en quelque sorte, des rescapés de la crise sanitaire, et qu’elles ont bénéficié des facilités administratives de collectivités locales très favorables au maintien de l’événement, Olivier Mantei sait bien que ce n’est pas la règle. « Il aurait été hors de question de maintenir le festival au détriment de la proposition artistique et de conditions acceptables. Un festival comme celui-ci peut se dérouler décemment malgré la situation, mais ce n’est pas le cas de bien d’autres. Je comprends très bien que tant d’autres aient annulé, cela doit se juger au cas par cas. »

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Les festivals ? Quel festival !

L’été 2020 se déroulera sans le bouillonnement d’Avignon, d’Aix-en-Provence, d’Orange ou de La Chaise-Dieu, mais de nombreux directeurs relancent leurs manifestations. Jauges et nombre de concerts réduits, déploiement en plein air, les idées ne manquent pas.

Balade musicale, l’été dernier, au festival de Chaillol, dans les Hautes-Alpes. Cette année, il est redéployé sous la forme de résidences, de juin à décembre.
Balade musicale, l’été dernier, au festival de Chaillol, dans les Hautes-Alpes. Cette année, il est redéployé sous la forme de résidences, de juin à décembre. Alexandre Chevillard

Un nouveau festival dans les jardins de la villa Borghèse, organisé par l’Opéra de Rome. Des concerts «all stars» proposés par le Teatro San Carlo, sur la place du Plébiscite, à Naples. La tenue des festivals Rossini de Pesaro et de celui de Ravenna avec des vedettes comme Muti ou Gergiev. En Italie, le reflux du Covid-19 a fini par sourire aux organisateurs. Et en France? Alors qu’en Autriche, Salzbourg a maintenu son édition du centenaire dans une version allégée, notre pays a dû renoncer à la plupart de ses grandes manifestations: Aix-en-Provence, Avignon, Orange, Berlioz, La Chaise-Dieu… Pour eux, la relance n’est plus à l’ordre du jour. Aix prévoit bien une semaine de festival numérique sur Arte, avec captation de concerts d’artistes initialement programmés (même choix pour les Rencontres musicales d’Évian et le Festival baroque de Saint-Michel en Thiérache). Orange verra ses productions anciennes reprises sur France Télévisions en juillet et aura sa nuit piano-chant le 1er août, avec Tézier, Deshayes, Kaufmann, Alagna et Bryn Terfel. Mais sans public. Côté théâtre, seuls le Festival Nava, à Limoux, et celui de Ramatuelle auront lieu.

A-t-on annulé trop tôt les festivals, sabordant l’été par excès de précaution sous la pression des tutelles et des médias? C’est ce que pense le flûtiste Philippe Bernold, directeur de Saoû chante Mozart. La manifestation fait partie des résistants, qui s’étaient refusés à tirer un trait sur 2020 et dont les annonces de maintien nous remontent comme une pêche miraculeuse depuis la phase 2 du déconfinement. La Roque d’Anthéron fut parmi les premiers grands à dégainer, annonçant un programme flamboyant pour des jauges de 600 personnes en plein air. Depuis, la liste s’allonge: Lessay, Figeac, Saint-Céré, Menton, Flâneries de Reims, Solistes à Bagatelle, Noirlac, Rocamadour, Salon-de-Provence, Labeaume, Image sonore, Pablo Casals à Prades, les Jeunes Talents européens à Paris, Cordes en ballade, Festival des forêts, Valloire baroque, Saintes, Sisteron, 1001 notes, Debussy, Le Périgord noir… Très très loin de l’été blanc promis par les Cassandre, des dizaines d’événements, sûrement plus, témoigneront de la vitalité des festivals sur nos territoires.

Il a fallu se réinventer

Aucun triomphalisme, toutefois, chez les organisateurs. Tous en conviennent: pour exister, il leur a fallu se réinventer. «Pour tous ceux qui n’ont pas annulé, la situation est tout aussi abrupte», confirme Alexandra Bobes, directrice de France Festivals, qui tient quotidiennement à jour la liste des maintiens et des relances. «Un enfer», concède Philippe Bernold, qui a dû revoir trois fois sa copie depuis mars. Il accueillera la crème de la musique de chambre française (Adrien La Marca, Jérôme Pernoo, Thomas Enhco entre autres) pour des concerts extérieurs devant 150 à 300 personnes. À Sisteron, Édith Robert attend la validation du préfet. «Je le harcèle, mais l’absence de consigne gouvernementale pour les théâtres de plein air est infernale. Quant à la cellule d’accompagnement des festivals, elle n’a jamais répondu», enrage-t-elle. Elle s’efforcera de maintenir dans la Citadelle, pour 500 personnes par soir au lieu de 1500, sa trilogie musique, théâtre et danse. Mais la danse, à cause de la distanciation des artistes, devra se contenter d’une projection. Quant au théâtre, elle a opté pour un seul-en-scène (Bronx avec Francis Huster), mais «chaque jour d’incertitude nous met en péril car à cause des tournages les acteurs ont un planning très serré et n’aiment pas attendre».

Il y aura 270 places par concert, avec plusieurs flux d’entrée et de sortie, distribution de gel hydroalcoolique et port du masque

Olivier Mantéi, directeur des Heures musicales de Lessay

Pour faire vivre ces manifestations en dépit des contraintes sanitaires et du flou artistique entretenu par le ministère, les directeurs ont donc dû rivaliser d’imagination. Jauges réduites de moitié ou plus à Lessay ou Valloire. Déploiement en plein air et concerts doublés à Saoû. Actions culturelles en Ehpad ou «brigades musicales» dans les rues à Cordes en ballade. Retransmissions sur écran géant dans les jardins de l’abbaye à Saintes. Concerts en pleine nature au Festival des forêts… Les idées ne manquent pas. «Et les artistes, qui ont un vrai besoin de s’exprimer, suivent», poursuit Bernold. «Il faut louer leur souplesse», renchérit Olivier Mantéi, directeur des Heures musicales de Lessay.

Ces dernières accueilleront comme chaque année le meilleur du baroque français, des Arts florissants à Pygmalion, pour neuf concerts dans l’abbaye. «Il y aura 270 places par concert, avec plusieurs flux d’entrée et de sortie, distribution de gel hydroalcoolique et port du masque, détaille-t-il. Cette réduction de jauge permettra de spatialiser les musiciens et d’accueillir jusqu’à 30 instrumentistes et 28 choristes. Et avec moins de spectateurs, l’acoustique n’en sera que meilleure!» Quid de la faisabilité économique? «En réduisant la voilure des concerts, nous avons réduit les charges. Nous devrions arriver à l’équilibre. Surtout si le public répond.» Une incertitude que les premiers échos de billetterie commencent à lever. «En 24 heures, nous avions vendu 500 billets, ce qui proportionnellement à la jauge est similaire aux autres années», se réjouit-il.

Pour d’autres, les perspectives économiques restent floues. «Nous ne savons pas si nous récupérerons les frais engagés. Certains mécènes sont tentés de réduire leur aide en voyant que la voilure du festival a baissé», explique Bernold, tout en saluant la solidarité des artistes qui ont accepté de doubler leurs concerts pour un cachet. À La Roque d’Anthéron, René Martin concède un risque financier mais «nous nous devions de permettre la rencontre des artistes et du public», estime-t-il. Rencontre à laquelle Jean-Pierre Rousseau, directeur du festival Radio France Montpellier-Occitanie, n’a pas voulu renoncer non plus. Après avoir annulé à regret, il devrait officialiser sa relance symbolique sous la forme de dix concerts en plein air les 18 et 19 juillet avec les artistes programmés initialement.

Même chose pour Saint-Denis qui a reporté à l’automne «mais proposera un concert pour la Fête de la musique, explique Alexandra Bobes. Et Latitudes contemporaines à Lille, qui avait annulé, va relancer deux temps forts très importants de quinze jours en juillet et août!» Relance aussi sous d’autres formes à Châteauvallon ou Belle-Île-en-Mer. À Chaillol, enfin, dans les Hautes-Alpes, Michaël Dian a annulé dès mars son festival d’été pour mieux le redéployer sous la forme de résidences de juin à décembre. «Étant une scène conventionnée, nous avions décidé de payer les artistes malgré l’annulation. Très touchés, ils nous ont demandé s’ils pouvaient faire quelque chose sur le territoire.»

Ou comment le Covid-19 aura transformé un simple festival en sept mois de créations et de rencontres artistiques, sur l’un des territoires les plus isolés de France!

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Plusieurs festivals annoncent leur édition pour cet été

Classique Info par Sofia Anastasio

Plusieurs festivals annoncent leur édition pour cet été

Plusieurs festivals ont annoncé leur décision de maintenir leur édition estivale. Le festival des Heures musicales de l’Abbaye de Lessay aura bien lieu, du 17 juillet au 14 août avec 9 concerts programmés par Olivier Mantei. Du 1er au 8 août, le festival 1001 notes proposera une édition spéciale « déconfinée » avec deux scènes installées au Parc du Mazeau à Saint Priest Taurion. Le festival Pablo Casals vous donne rendez-vous du 9 au 13 aout à Prades. La Clé des Portes, qui se présente comme le plus grand des petits festivals de musique classique du Loir-et-Cher, aura lieu du 25 au 29 juillet. Du 28 juin au 23 aout, le Bel été des Douves, au pays des châteaux de la Loir mettra en avant de jeunes interprètes et formations. Le Verbier Festival présente le Virtual Verbier Festival du 16 juillet au 12 aout, avec une sélection de concerts, interview et contenus inédites disponible gratuitement sur Medici tv.

 

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Charles Brossillon, coordinateur artistique, interviewé par Radio Sud-Manche

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Festivals : ceux qui sont maintenus

 

Malgré la crise sanitaire, plusieurs festivals font de la résistance. Diapason présente sa sélection des événements estivaux qui ont annoncé leur maintien.

Festival européen jeunes talents. Du 5 au 25 juillet, Paris, Archives nationales et cathédrale Sainte-Croix-des-Arméniens. Une vingtième édition en vingt concerts, et toujours des programmes originaux pour promouvoir les jeunes talents de la scène musicale. « En compagnie de Marc Mauillon » voit le baryton amoureux du verbe parrainer des cadets (Marianne Croux, Victoire Bunel, Jean-Christophe Lanièce) sur le chemin de la chanson, de la mélodie et du madrigal français, de Sermisy à Reynaldo Hahn et Georges Aperghis. Le Consort de Julien Taylor convoque « un duel à Venise », tandis que Gabrielle Rubrio passe du traverso à la guitare baroque, Pierre Descamps est au violoncelle et Emmanuel Arakélian au clavecin pour accompagner la soprano Marie Perbost dans son « Inspiration napolitaine ». Quant aux frères Pierre (violon) et Théo (piano) Fouchenneret, ils tissent en sonates des correspondances entre Schumann, Fauré et Denisov. Une pluie estivale de beautés et d’artistes à suivre.

Les Heures musicales de l’abbaye de Lessay. Du 17 juillet au 14 août, Lessay (Manche), abbatiale. Heureux Olivier Mantei ! Le président du festival de Lessay, dans La Manche, a pu maintenir une édition 2020 riche de neuf concerts. La formule a été adaptée aux contraintes sanitaires : pas d’entracte, pas plus de trente chanteurs ou musiciens spatialisés, et 270 dix spectateurs maximum sous les croisées d’ogives. Ce sera l’occasion d’entendre Paul Agnew chantant un programme de ténors handéliens avec Les Arts FlorissantsDavid Grimal avec son seul violon chez Bach,Le Poème harmonique dans l’Italie du Seicento, le chœur Pygmalion de Raphaël Pichon a cappella de Gabrieli à Poulenc, l’ensemble Correspondances de Sébastien Daucé en son Grand Siècle français avec trois chanteurs, quatuor à cordes, théorbe, orgue et clavecin… Une invitation au recueillement bien accordée aux lieux.

Festival la Grange aux pianos. Du 17 juillet au 13 septembre, Chassignolles (Indre). Petit village dont le nom exhale les effluves d’un terroir authentique, Chassignolles est aussi le lieu d’un festival pas comme les autres. Les concerts s’y déroulent dans la maison d’artiste du pianiste Cyril Huvé. D’une simple grange, il a fait une salle de concert qui attire des musiciens reconnus, comme Philippe Cassard, David Grimal et Anne Gastinel (qui joueront les trios de Beethoven), Jean-Philippe Collard (Chopin, Fauré et Granados), Karine Deshayes, le Trio Métral… Intime par définition, la Grange aux pianos trouve naturellement sa place dans les terres romantiques du Berry, celles de George Sand et Frédéric Chopin.

Festival de Saintes. Du 18 au 25 juillet (Charente maritime). Le Festival de Saintes innove avec Labo 2020, un festival en réalité augmentée. Chaque soir, au fond de transats disposés dans les jardins, les plus fidèles spectateurs retrouveront sur grand écran l’un des concerts enregistrés quelques heures auparavant dans l’abbatiale. Couperin (Leçons de ténèbres) par le Caravansérail, Haydn (Sept dernières paroles du Christ) par Hervé Niquet, Beethoven (Symphonies nos 2 et 5) par l’Orchestre des Champs-Elysées, des mélodies françaises pour le sombre mezzo de Lucile Richardot, le clavecin de Jean Rondeau en dialogue avec le théorbe de Thomas Dunford, Bach par Vox Luminis (Passion selon Saint-Jean), par le Banquet céleste (Cantates BWW 47, 60 et 78) et par Les Talens lyriques (Concerto BWW 1055 couplé aux Quatre saisons de Vivaldi) : l’affiche est belle malgré la crise !

 

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Pour Olivier Mantei : “Je pense qu’il faut agir mais ne rien faire au rabais.”

Imagine la culture demain |Arnaud Laporte, producteur de La Dispute et des Masterclasses, s’entretient aujourd’hui avec Olivier Mantei, directeur de l’Opéra-Comique.

Olivier Mantei
Olivier Mantei Crédits : Bertrand Guay – AFP

Après un doctorat en musicologie à l’EHESS, Olivier Mantei devient administrateur du chœur de chambre Accentus que Laurence Equilbey vient alors de créer. Il fonde ensuite et préside la FEVIS (Fédération des Ensembles Vocaux et Instrumentaux Spécialisés), et devient producteur de spectacles et agents d’artistes. En 2000, il devient administrateur des Bouffes du Nord et de la compagnie de Peter Brook. En 2007, il devient directeur-adjoint, auprès de Jérôme Deschamps, de l’Opéra-Comique, dont il deviendra directeur en 2015. Entretemps, il est devenu copropriétaire des Bouffes du Nord, avec Olivier Poubelle.

A quoi pensez-vous ?

Olivier Mantei Je pense à la dernière création d’opéra que nous avons produite avant la fermeture des théâtres. Cette production s’est déroulée sur la scène d’un parking, je ne sais pas si vous vous en souvenez. C’était celui du Centre Pompidou, et il s’agissait de Fosse, de Franck Krawczyk, Christian Boltanski, Jean Kalman. C’était avant la pandémie – il n’en était pas encore question -, mais je me dis que cet événement aurait pu parfaitement trouver sa place pendant la pandémie. Des musiciens isolés les uns des autres, spatialisés, un public masqué, clairsemé, entrant un à un, et faisant le spectacle lui aussi. Toutes les mesures barrières de distanciation physique y auraient trouvé un sens, une beauté, même. Alors, on demande aux artistes aujourd’hui, dans le contexte de crise que nous traversons, de se réinventer, mais je pense que les artistes se réinventent toujours, et ce, depuis longtemps et d’une belle manière. Et ils n’attendent pas d’y être contraints.

Est ce qu’il y a des choses que vous avez décidé de ne plus faire ?

J’aimerais ne plus subir, ne plus attendre. Il faut dire que l’évolution favorable de la situation sanitaire m’y aide. Je peux rouvrir les lieux de spectacle dont je m’occupe, renouer un contact physique entre le public et les artistes, leur rappeler aussi que le monde virtuel, le monde numérique, peuvent créer d’autres barrières et d’autres distanciations que celles qui s’imposent à nous aujourd’hui. Je ressens un besoin d’actions, quelles que soient les contraintes, je pense que nous avons toujours quelque chose à faire, que ce soit à l’Opéra-Comique, aux Bouffes du Nord ou au Festival de l’Abbaye de Lessay que je lance le 17 juillet. Nous allons accueillir du public ces prochaines semaines sans compromettre, et ça c’est très important, l’intégrité des spectacles que nous présentons, c’est-à-dire ne rien perdre du sens, de la cohérence entre un espace, une acoustique, une proposition artistique et un public. Je pense qu’il faut réagir, mais ne rien faire au rabais.

Qu’est-ce que vous attendez des autres ?

J’attends des autres qu’ils m’aident justement à garder ce cap, à trouver des solutions économiques, sanitaires, artistiques. Qu’ils me disent aussi ce qu’ils attendent de moi, cette situation de crise m’oblige d’une certaine manière, et je pense aux artistes, aux équipes de production. Ce n’est pas facile, beaucoup ont vu leurs projets reportés, certains sont dans des situations délicates. Il faut se projeter sans laisser personne sur place. En fait, cette période nous contraint tous à plus de solidarité, de partage et d’échange. Finalement, je n’envisage pas mon métier de producteur autrement, je ne décide de rien et ne fait rien seul, avec ou sans virus.

Mais le temps d’une maison théâtre, et encore plus le temps d’une maison d’opéra, est très particulier. Est-ce que votre propre rapport au temps a changé ?

Oui, avant je manquais de temps et je me disais qu’il fallait que ça change. Maintenant, je manque toujours de temps et je me dis que ça ne changera pas. Je me sens d’une certaine manière allégé d’un poids. Au début du confinement on pensait tous au « nouveau monde » à inventer et vers la fin du confinement, on pensait tous à celui qu’on avait perdu. Mais d’une manière générale, je m’intéresse plus au temps qu’il me reste qu’à celui que nous avons perdu, et je pense qu’il va falloir être très rapide pour relever les défis environnementaux et sociétaux qui nous attendent.

Mais comment l’art et la culture peuvent s’inscrire dans ce temps qui est quand même nouveau ?

Je pense que si nous voulons que l’art et la culture apportent quelque chose au monde, quel qu’il soit, il faut que la création contemporaine retrouve sa place en musique, particulièrement, et à l’opéra surtout. Ce sont les œuvres d’aujourd’hui qui interrogent le mieux le monde d’aujourd’hui et celui de demain a fortiori. Mais on sent bien qu’il y a une rupture entre les compositeurs, le public et les commanditaires, enfin tous les intercesseurs, les organisateurs. Il n’y a pas de coupable, mais je pense qu’on est tous responsables. La paresse des uns, la frilosité des autres, la complexité des langages, l’isolement esthétique des compositeurs eux-mêmes, qui ont plus souvent écrit pour la postérité que pour leurs auditeurs. Les injonctions contradictoires de l’Etat, du ministère de la Culture, qui hésitent toujours entre démocratisation et culture élitiste. Ça fait 60 ans que ça dure, mais je pense que la création contemporaine est déjà vieille de plusieurs siècles et qu’il ne faut plus la craindre.

De quoi avez-vous peur ?

De la peur elle-même. Je redoute que nous soyons en ce moment comme une huître qui s’ouvre lentement, progressivement à la vie, à l’air, aux mouvements de moins en moins distanciés et qui, soudainement, brutalement, se referme à la première peur. Il suffit d’une alerte pour que nous nous confinions de nouveau, par peur.

Qu’est-ce que vous avez envie de partager aujourd’hui ?

J’ai pensé à un mot, celui que Peter Brook nous souffle à l’oreille depuis plusieurs mois maintenant, c’est le mot « résonance ». Je pense qu’on a tous besoin de vibration.

Quels sont vos projets à court terme ?

Ouvrir le festival de Lessay dans une belle abbaye, avec neuf concerts, des choeurs spatialisés, une jauge réduite, mais une jauge dans une abbaye, finalement, quand elle est réduite, on se sent mieux. On rêverait même d’être seul dans une abbaye avec les musiciens. Donc, ce qui fonctionne là ne fonctionne pas forcément dans une salle d’opéra où deux cents personnes dans une salle de 1200, c’est déprimant. Ce qu’on va faire aussi au mois de juin à l’Opéra-Comique, c’est qu’on va inverser la scène et la salle : on va installer la maîtrise populaire dans la salle, donc très spécialisée, très ouverte, très distanciée, et mettre un public plus restreint sur le plateau. Car 70 personnes sur un plateau, c’est magique, quand 200 personnes dans une salle de 1200, ça ne marche pas.

Olivier Mantei, le mardi 9 juin 2020

 

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Culture. Heures musicales de Lessay : le festival maintenu

Heures musicales de Lessay : le festival maintenu 

La 27e édition des Heures de Lessay se tiendra du vendredi 17 juillet au mardi 14 août. Les spectateurs devront porter un masque.

– ©Eric Larrayadieu, 2019

Le 
Par : Laurène TRILLARD

Les Heures Musicales de Lessay se tiendront du 17 juillet au 14 août, dans le plus grand respect des consignes sanitaires.

La 27e édition des Heures Musicales de Lessay aura bien lieu. “Il faut que la culture revienne, que les gens viennent écouter les concerts et (re)découvrir ce lieu extraordinaire”, explique Christophe Jeanson, vice-président de l’événement. Le festival baroque, créé en 1993 à l’initiative des propriétaires privés de l’abbaye et des institutions régionales de Basse-Normandie, proposera comme à son habitude des concerts de musique classique dans l’enceinte de l’église abbatiale entre le vendredi 17 juillet et le mardi 14 août.

Le programme légèrement revisité

“Maintenir le festival a été beaucoup de travail mais l’annulation n’a quasiment jamais été évoquée”, se réjouit Charles Brossillon, coordinateur artistique. “C’est une grande fierté de rouvrir. Toute l’équipe de l’association a réussi à fédérer les acteurs publics et leur faire comprendre qu’on pouvait ouvrir en respectant les consignes du gouvernement”, poursuit le vice-président Christophe Jeanson. Grâce à l’autorisation de la préfecture et au travail de toute l’équipe, la saison sera bien assurée. Sur les neuf groupes musicaux planifiés dès le mois de février, seul un ensemble anglais a fait marche arrière en raison de la crise sanitaire. Si l’affiche est moins internationale, un ensemble écossais fera le déplacement pour le concert de clôture. Les prix restent stables, oscillant entre 15 et 40 €, grâce à des aides financières de la Région Normandie et de la Manche. Seules 270 places seront disponibles à la vente, contre 500 normalement, et la vente de produits dérivés, la visite d’une partie des jardins et la restauration rapide seront bannies pour éviter les attroupements. L’entracte sera aussi supprimé.

Un protocole sanitaire respecté

Pour que l’événement se déroule dans de bonnes conditions, les spectateurs devront porter un masque pendant le spectacle. Ils seront placés dans l’abbaye à un mètre d’écart mais “la scène est suffisamment haute pour que chacun puisse voir quelque chose”, précise Charles Brossillon. Les musiciens se tiendront à distance du public et les effectifs des ensembles seront réduits pour atteindre au maximum 28 musiciens. Dans cette configuration, tous seront dispersés dans l’abbaye pour respecter la distanciation sociale. Plusieurs points d’entrées seront aménagés pour que les artistes et spectateurs ne se croisent pas. Grâce à ce process, l’équipe est confiante : le public devrait être au rendez-vous. Seul absent : les étrangers – majoritairement anglais, allemands et belges – qui représentent 5 % de l’auditoire.

La programmation :

• Les Talens Lyriques – Christophe Rousset – 17 juillet à 21 h
Christophe Rousset, chef d’orchestre au rayonnement international, s’attaquera aux 4 saisons de Vivaldi. C’est la première fois que cette œuvre sera donnée dans l’abbaye.

• Les Arts Florissants – Paul Agnew – 21 juillet à 21 h
Il s’agira de la 18e venue de l’ensemble, grand habitué du festival. Ils ne seront que neuf au lieu d’une trentaine et pour la première fois, Paul Agnew dirigera et chantera en même temps : il assurera le rôle de ténor.

• David Grimal – 24 juillet à 21 h
Pour sa deuxième prestation, le violoniste David Grimal interprétera en solo du Jean-Sébastien Bach. Il s’agit d’un des premiers récitals de l’abbaye. L’année dernière, le premier violon était accompagné d’un ensemble.

• Le Poème Harmonique – Vincent Dumestre – 28 juillet à 21 h
C’est la première fois que Vincent Dumestre vient avec son ensemble “poème harmonique”. Il était déjà monté sur scène auparavant, mais avec l’orchestre régional de Normandie. Cette année, place à un style baroque italien pour orchestre et chanteurs.

• La tempête – Simon-Pierre bestion – 31 juillet à 21 h
Cet ensemble est bien connu puisqu’il se produit pour la quatrième année consécutive. Huit choristes vogueront entre musique contemporaine et sacrée, du 15e au 20e siècle.

• Pygmalion – Raphaël Pichon – 4 août 2020 à 21 h
Pièces pour chœur a cappella. 28 chanteurs aborderont un répertoire romantique (19e et 20e siècles).

• Sonia Wieder-Atherton – 7 août 2020 à 21 h
La violoncelliste interprétera seule du Bach ou encore du Tchaïkovski.

• Correspondances – Sébastien Daucé – 11 août 2020 à 21 h
En cette année de coronavirus, l’ensemble s’inspirera des cérémonies de voyage au temps de Louis XIV. À l’époque, lorsque le roi était en déplacement, ses musiciens devaient jouer dans des conditions parfois rocambolesques liées aux aléas des déplacements. À effectif réduit, les huit musiciens et trois choristes de Correspondances sillonneront le sud de la Normandie tout au long du mois d’août, avec une soirée à Lessay le 11 août.

• Dunedin Consort –  John Butt – 14 août à 21 h
L’ensemble écossais interprétera de la musique baroque dont les œuvres font écho à la nature.

Réservations ouvertes à partir du 10 juin, en ligne sur www.heuresmusicalesdelessay.com ou à l’office de tourisme de Lessay (02 14 15 00 19) ou sur place le soir des concerts, dans la limite des places disponibles. Prix : de 15 à 40 €, 5 € pour les moins de 16 ans. Enfants de moins 4 ans non admis.

Maintien du festival les heures Musicales de l’Abbaye de Lessay

Charles Brossillon, en charge de la coordination artistique @Lessay2020 nous parle ce matin du maintien du festival et de la programmation sur France Bleu Cotentin, dans l’émission Côté Culture, comptez-sur nous ! 

On a hâte de vous retrouver du 17 juillet au 14 août !
www.heuresmusicalesdelessay.com
 
Pour le réécouter, c’est ici
http://rf.proxycast.org/6f65fd12-5f81-4826-9f87-24228fdd316e/21076-03.06.2020-ITEMA_22352941-0-1779455909.mp3

« La confiance sera le facteur déterminant »

Olivier Mantei

Directeur du théâtre national de l’Opéra-Comique, copropriétaire du théâtre des Bouffes du Nord et président des Heures musicales de l’abbaye de Lessay (Manche)

Autant de lieux, autant de cas particuliers, explique Olivier Mantei, qui détaille quelques enjeux de leur réouverture au public.

Quelles sont les conditions nécessaires à la réouverture des salles de spectacle ?

Olivier Mantei : La réouverture ne sera possible que sur la base d’une confiance partagée entre les organisateurs, les artistes et le public. C’est là le facteur essentiel. Cette confiance repose sur deux fondements : la garantie de la sécurité sanitaire de tous et l’envie, le plaisir de produire, donner et recevoir un spectacle. Cela dit, il n’y a que des cas particuliers, selon les salles, leur taille, leur volume, leur jauge, leur programmation, leur structure financière. Pour certaines, la réouverture sera relativement facile, pour d’autres, impossible, à moins d’inventer autre chose.

Le facteur financier est déterminant.

O. M. : Oui, et la crise souligne et creuse les inégalités entre les structures. Pour schématiser, il y a celles qui bénéficient de subventions supérieures à 50 % de leur budget et les autres. Les premières voient leurs frais fixes supportés par les subventions et pourront ainsi rouvrir à jauge réduite sans entamer trop lourdement leurs ressources. Les secondes, comme les Bouffes du Nord, payent les frais fixes sur leurs ressources propres dont la billetterie. À la rentrée, nous devions y reprendre Contes et légendes de Joël Pommerat, un spectacle à gros effectif artistique impossible à supporter financièrement si la salle n’est pas pleine. Il est inconcevable de proposer cette production « au rabais », donc nous serons sans doute amenés à programmer une autre pièce du même auteur impliquant une plus petite équipe, moins coûteuse en termes de frais artistiques.

Comment parvenez-vous à maintenir le festival de Lessay à partir du 17 juillet ?

O. M. : Avec quelques modifications de programme pour limiter à 30 le nombre d’artistes par concert, une jauge réduite de moitié et la suppression des entractes. Ainsi nous respecterons les mesures sanitaires sans diminuer la qualité, je dirais même au contraire : dans cette vaste abbaye, écouter de la musique à bonne distance les uns des autres, dans une ambiance recueillie, avec des musiciens « spacialisés », est un luxe que nous pouvons nous permettre. Bien que les ressources propres s’élèvent à 65-70 % du budget, elles proviennent en bonne part de mécènes qui maintiennent leur soutien tandis que nos frais de fonctionnement sont minimes.

Il en va tout différemment à l’Opéra-Comique…

O. M. : Où nous reportons à 2023 notre spectacle de rentrée, Carmen de Bizet, qui cumulait tous les facteurs actuellement pénalisants : un orchestre venu de Shanghaï dans la fosse, des chanteurs internationaux, une maîtrise et des chœurs sur scène, des décors fabriqués à Zurich, notre coproducteur… Inenvisageable sans remplir la salle à 90 % ! Nous allons essayer de remplacer par Le Bourgeois Gentilhomme qui fait appel à un plus petit effectif et peut se jouer devant 600 à 700 personnes. Salle Favart, c’est une bonne jauge pour que l’alchimie opère et que le fluide passe entre artistes et spectateurs. Si les conditions sanitaires ne le permettent pas, nous proposerons alors autre chose : une inversion des places avec public (60 personnes environ) sur la scène et artistes dans la salle, dans un spectacle de type cabaret. Mais, pour un grand théâtre lyrique avec 8 millions d’euros de frais de fonctionnement comme l’Opéra-Comique, on peut faire cela exceptionnellement, sûrement pas toute une saison.

Comment évaluez-vous la psychologie du public et son désir de revenir dans les salles ?

O. M. : Je reviens à la confiance émanant de spectateurs rassurés et désireux de voir des artistes « vivants ». Pour autant, les situations ne sont pas homogènes. Nous savons que la musique classique attire plutôt des personnes d’un certain âge, légitimement sensibles à leur sécurité. Sur le plan économique, certains éprouveront des difficultés tandis que d’autres n’ont pas été entamés par la crise, auront même limité leurs dépenses et pourront payer cher leurs places. Nous allons tenir compte de cette large palette. Quant à l’accueil du public, le défi est de proposer un protocole sûr mais simple. Il ne faut surtout pas soumettre le spectateur à un fastidieux parcours d’obstacles !

  • Recueilli par Emmanuelle Giuliani,

 

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Les salles de spectacle à la recherche de l’alchimie perdue

Il y a six mois, Stanislas Nordey jouait Claudel à Hangzhou, dans l’est de la Chine. Vingt personnes dans une salle qui en compte 1 200. Des étudiantes dans une cathédrale vide. Mauvais souvenir ? « Non, un moment émotionnel très fort. » A ses débuts, celui qui est aussi directeur du Théâtre national de Strasbourg (TNS) a joué Marivaux devant deux personnes, Pasolini devant vingt-quatre spectateurs. En 2013, il a vu le public d’Avignon fuir son spectacle à cause de la pluie. Il s’est produit devant des salles clairsemées après les attentats de 2015. Il a vu beaucoup de choses, sauf des pièces sous virus. Alors il est curieux de voir ce qui se passera en septembre, entre les spectateurs dans la salle et les comédiens sur le plateau.

Les salles de spectacle, de 300 comme de 30 000 places, dans le théâtre, la musique ou la danse, sont des boîtes noires qui tutoient la fourmilière. Leur viabilité en dépend. Or un décret publié le 1er juin leur permet de rouvrir à condition de laisser vide un siège sur deux, avec masque obligatoire et interdiction des concerts debout. La majorité des lieux et des producteurs qui les alimentent sont catégoriques : à moins d’aimer perdre de l’argent, ce modèle est impossible.

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Drôle d’ambiance. Tandis que la France déconfine, le monde du spectacle ne se voit pas repartir au front tant le brouillard est épais. Des productions modestes auront lieu en juin ou durant l’été mais l’enjeu, c’est septembre. Et là, si le virus n’a pas disparu, tout dépendra pour les salles et les spectacles de leur modèle économique. On a beau être dans l’art, tout part de là. « Moins on dépend de la recette et du succès, plus on peut tenir. Plus on dépend des tickets, moins on peut rouvrir », résume Laurent Bayle, le président de la Philharmonie de Paris.

Tandis que la France déconfine, le monde du spectacle ne se voit pas repartir au front tant le brouillard est épais

La fracture est d’abord entre le secteur privé et le public. Le premier repose sur la billetterie, qui doit couvrir le coût du spectacle ; le second repose sur une subvention qui permet de créer, même avec peu de spectateurs. En conséquence, le privé est à l’arrêt et ne se voit pas revenir en septembre avec le virus alors que le secteur public, lui, reprend déjà doucement. « Le discours ambiant est qu’il faut rouvrir, explique Olivier Poubelle, qui dirige La Maroquinerie, une salle parisienne privée rock et hip-hop. Mais pour nous, c’est impossible. » Les théâtres et salles de musique privés disent en effet perdre de l’argent en dessous de 70 % ou 80 % de remplissage. Du reste, de grosses affiches s’annulent les unes après les autres jusqu’à la fin de l’année, comme The Weeknd, Andrea Bocelli, Céline Dion, Iron Maiden, Paul McCartney, Rammstein…

En revanche, des signes de reprise pointent dans les lieux subventionnés : des concerts sans public à la Philharmonie, des choristes de l’Opéra du Rhin, à Strasbourg, qui répètent séparés par des portants. Cela ne fait pas modèle, mais c’est un début. C’est parce que le Théâtre de Strasbourg est financé à 75 % par l’Etat que Stanislas Nordey peut répéter depuis le 2 juin une pièce qui ne sera présentée que dans neuf mois. Les contacts entre comédiens sont évités, les costumes modifiés pour qu’ils s’habillent eux-mêmes. « L’essentiel est que le théâtre vive, alors je répète une pièce puis la mets au frigo en attendant des jours meilleurs, concède Stanislas Nordey, qui s’interroge tout de même : en dessous de 50 % de public, toute réouverture sera dégradée, pour les spectateurs comme pour les comédiens. »

Conserver les « créations maison »

Le Théâtre national de Bretagne vit lui aussi des aides publiques, mais à 40 % seulement. Alors son directeur Arthur Nauzyciel s’apprête à faire un choix douloureux parmi les 70 spectacles prévus de septembre à juin 2021 : il conservera les vingt « créations maison » pour faire travailler les équipes et annulera les pièces « chères qui ne rapportent pas assez ».

C’est un autre dilemme à la Comédie-Française où les 24,5 millions d’euros de subvention de l’Etat ne « couvrent » pas les 29 millions de dépenses. Pour tenir, il faut jouer « mais devant une salle pleine », explique l’administrateur Eric Ruf, qui a déjà suspendu des créations et des reprises chères.

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La situation est encore plus périlleuse pour l’Opéra de Paris, qui, s’il reçoit 95 millions de l’Etat, est autofinancé à 60 %. Contrairement à de nombreuses autres maisons, il a intérêt à beaucoup jouer, grâce à sa grande salle de Bastille (2 750 places) et des tickets chers. « Mais si je rouvre Bastille sans être plein, le gain devient gouffre », explique son directeur Stéphane Lissner. Et puis si le virus rebondit, il devra gérer les annulations parmi les 32 spectacles à l’affiche d’octobre à juin, d’autant que plus de la moitié des chanteurs et chefs invités sont étrangers. Les dédommager ? « On verra ! »

Cette question inquiète la Philharmonie dont 75 % des quelque 600 spectacles prévus jusqu’à juin 2021 perdront de l’argent si la jauge tombe de 2 400 à 600 places. « Si j’annule l’orchestre de Berlin et programme à la place une autre formation moins chère, Berlin peut me demander des comptes. La force majeure ne joue plus puisque l’activité aura repris. »

Pour s’éviter des cauchemars, Aurélien Binder est offensif. Ce dernier dirige 35 salles privées, dont 13 Zéniths, au sein du groupe Fimalac. Avec le Prodiss, le syndicat national du spectacle musical et de la variété, qui réunit des salles de concerts, festivals et producteurs privés, il propose durant l’été de protéger le public – gel, masques, prise de température, étalement des entrées et des sorties – et de tester des réouvertures progressives par jauge, d’abord de 500 places, puis de plus en plus. Reste à savoir si l’Etat acceptera ce protocole.

Concert debout proscrit

Et si, le public suivra. Un sondage italien récent répond que non. « Le public a toujours raison », tranche Olivier Darbois, producteur et président du Prodiss. Les salles rock et rap vivent un paradoxe : d’un côté, comme le pense Cyrille Bonin, directeur du Transbordeur, à Villeurbanne, « notre public des 18-30 ans n’aura pas peur » mais, de l’autre, le concert debout est pour l’instant proscrit. Si, aux jours meilleurs, il est autorisé mais avec 4 m2 pour chaque spectateur, Olivier Poubelle parle de « gag ». Comment freiner les ardeurs sur la scène et dans la salle ? « C’est une négation de ma culture mais j’y réfléchis », répond Cyrille Bonin. Une négation aussi pour les salles à l’italienne, conçues à l’étroit pour souder le public et la scène, explique Bertrand Thamin, qui préside le Syndicat des théâtres privés.

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La scène pose un autre problème avec des acteurs non masqués face à une salle qui le serait. Bertrand Thamin l’envisage. Eric Ruf non. Ce dernier estime que « les spectateurs et les acteurs doivent avoir le même statut. » Prenant le pouls des comédiens chaque semaine alors qu’avant le virus il le faisait tous les deux mois, il constate qu’ils veulent rejouer. « Mais ils savent que je ne les vois pas comme des guerriers. » Stéphane Lissner non plus ne se voit pas mettre 100 musiciens soudés dans la fosse. « Les patrons de salles et producteurs auront une grosse responsabilité », commente Nicolas Dupeux, qui dirige l’AccorHotels Arena, à Paris.

Les masques pourraient aussi plomber l’ambiance. « Un concert, c’est comme une partie de tennis entre la salle et le plateau. Pour qu’il soit beau, il faut deux joueurs solides », explique Olivier Darbois. Aussi Stéphane Lissner a-t-il trouvé navrante une vidéo de la basse autrichienne Günther Groissböck, qui, à Wiesbaden, a chanté face à une salle clairsemée« Si on veut ça… Que les musiciens, choristes et danseurs retrouvent d’abord leurs repères collectifs, ce sera long. »

Olivier Poubelle, gérant de la salle de concert la Maroquinerie à Paris : « le danger est que les choix esthétiques soient surtout dictés par l’économie »

Arthur Nauzyciel pense au contraire qu’on peut jouer devant un tiers de salle masquée : « On s’engagera pour ceux qui auront la volonté de venir. Ce sera très fort entre eux et nous. » Il va plus loin : « Les gens ne vont pas au théâtre public juste pour se divertir mais pour trouver du sens. » Ce dernier commence à répéter fin juin la pièce Mes Frères, de Pascal Rambert, prévue en septembre au théâtre de La Colline, à Paris. Il imposera 2 m entre les acteurs assis à la table de travail. La suite sera plus complexe. « Dans mes pièces, les comédiens se touchent peu, mais là, ils doivent se battre… » Son inquiétude, surtout, est qu’il considère la répétition comme un temps de liberté, où on tente et on se trompe. « Je vois bien que tout sera plus lent et limité. »

Tous s’accordent sur un point : ne pas rouvrir avec des spectacles au rabais mais en trouver qui soient « corona compatibles », dit Olivier Mantei à la tête de l’Opéra-Comique et copropriétaire des Bouffes du Nord. A l’Opéra de Paris, il sera possible de présenter des ballets et concerts en petite formation à la salle Garnier. En revanche, pour Bastille, le répertoire est si contraint, affirme Stéphane Lissner, qu’il ne voit pas rouvrir « tant qu’il y aura un risque ». D’où sa proposition pour le moins radicale à l’Etat : fermer Bastille de juin à décembre pour y faire des travaux qui auraient dû être menés plus tard.

Le théâtre privé proposera beaucoup de reprises à la rentrée, dont les comédiens, costumes et décors sont prêts. Pour les nouveautés, trop coûteuses et risquées, il faudra attendre 2021, dit Bertrand Thamin. Sébastien Azzopardi se débat néanmoins pour créer, entre octobre et décembre, son nouveau spectacle, L’Embarras du choix, à la Gaîté Montparnasse. Il revoit les budgets à la baisse – décor, effets vidéo, contrats des comédiens. Pas simple, d’autant que la pièce ne favorise pas la distanciation : « Je donne sept fois la parole au public pour qu’il choisisse la suite de l’histoire. »

« Slow spectacles »

Cyrille Bonin, qui a fait une croix à la rentrée sur les grosses tournées rock dans son Transbordeur, prépare une quinzaine de concerts axés sur la scène lyonnaise. « Ce sera du circuit court ! Ces spectacles me coûtent 3 500 euros au lieu de 15 000 euros, adaptés à un public restreint. Mais ce modèle n’est pas viable à long terme, il me faut des têtes d’affiche. »

Ainsi, beaucoup voient se multiplier à l’avenir des slow spectacles : plus intimes, légers, moins chers, peu d’artistes sur scène, vivant en France pour éviter les avions. « Une musique plus douce », explique Cyrille Bonin. « Si c’est ça, arrêtons le spectacle », s’indigne Olivier Darbois. Comme le dit Olivier Poubelle, « le danger est que les choix esthétiques soient surtout dictés par l’économie ».

Selon Laurent Bayle, les orchestres à cent musiciens ne tiennent plus sur le plateau et perdront en qualité si les instruments à vent, les plus risqués, sont trop espacés. « Une part du répertoire devient impossible à jouer. » Ce n’est pas un hasard, il est contacté en ce moment par des petites formations musicales qui sont viables devant 400 personnes dans une salle de 2 400 fauteuils. « C’est une option pour l’avenir, mais pas un modèle. »

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Stéphane Lissner est persuadé que l’Opéra de Paris et d’autres verront leurs productions à la baisse. Jusqu’à un certain point. « Etre plus modeste oui, tout changer, non. » Programmer plus de chanteurs français ? « Mon critère, c’est la qualité. Un Français, aujourd’hui, ne peut chanter Othello. Mais je vois en effet monter un repli sur soi. » Attention, prévient-il : « Vous vendez beaucoup moins de billets à 200 euros avec une “deuxième distribution” qu’avec Anna Netrebko ou Jonas Kaufmann. »

Bertrand Thamin craint de voir se multiplier au théâtre les one-man-show et duos sans décor ni costumes, un phénomène déjà en vogue, « alors que le théâtre est beau quand il y a dix ou vingt personnes sur scène ». Cette tendance, ajoute Frédéric Azzopardi, rejoint un modèle qu’il a constaté au Festival off d’Avignon : des spectacles très peu chers pour des petites salles de 100 à 400 places. Même dans le théâtre public, Arthur Nauzyciel sent monter un phénomène qu’il déplore. « Quand on veut raconter le monde, il faut du monde sur le plateau. »

Le théâtre privé proposera beaucoup de reprises à la rentrée, dont les comédiens, costumes et décors sont prêts

Olivier Mantei s’inquiète pour les spectacles qui reposent sur le rire et voit un avenir à ceux qui bannissent les interactions entre le plateau et la salle. Denis Podalydès dans L’Avare, qui marche sur les accoudoirs de la Comédie-Française pour postillonner au milieu du public, ce n’est pas de l’époque. Ni les acteurs qui s’embrassent dans La Nuit des rois, mis en scène par Thomas Ostermeier, ou Le malade imaginaire qui toussote devant la bouche de sa femme, ajoute Eric Ruf.

Des spectacles avec moins de « contact », plus de vidéos ou de micro-cravate n’effraient pas Stanislas Nordey : « Mon esthétique est frontale – le comédien face à la salle, coupé de ses partenaires. A ce jeu-là, Sophocle a sa chance. » Ce qui donne des idées à Eric Ruf, porté par le riche répertoire de la Comédie-Française : « Dans un passé lointain, on jouait 90 pièces par saison avec le moins de mise en scène possible et seulement deux décors, un pour la comédie, l’autre pour la tragédie. Les comédiens regardaient la salle sans se rouler par terre ou se courir derrière. C’est une piste en cas de virus tenace. Une bonne partie du répertoire français, de Racine à Corneille, se prête à des scènes statiques. »

Reste la leçon de ce tango complexe entre salle et scène : les lieux subventionnés sont mieux armés pour tenir. Sauf qu’en échange, l’Etat leur demandera sans doute d’agir pour mieux diversifier leurs spectateurs. Cette éventualité agace, par exemple, Stanislas Nordey. « Nous travaillons tous en ce sens, mais selon moi, le théâtre public est comme le cinéma art et essai : on ne fera jamais venir toute la société. »

Olivier Mantei, de l’Opéra-Comique, en quête de la bonne équation

Pour Olivier Mantei, directeur de l’Opéra-Comique, à Paris, le spectacle adéquat de septembre doit être économiquement viable, tout en mettant le public « en joie ». Il a annulé la venue d’un orchestre chinois pour Carmen – trop risqué. A la place, il pense à une reprise d’un Bourgeois gentilhomme qui nécessite peu de musiciens mais dont le succès repose sur « l’énergie entre la salle et le plateau ». Fragile, si le public ne peut être massif.

Il a une autre option, qu’il juge un peu « amorale » : inverser le plateau et la salle. Mettre 80 spectateurs sur la scène, ce qui serait plus magique que s’ils étaient perdus parmi les fauteuils, et des choristes partout dans la salle. « Ce format cabaret est bien pour rouvrir mais ne fait pas modèle… »

Olivier Mantei dirige aussi le festival de musique baroque Les Heures musicales, qui pourra ouvrir le 17 juillet à l’abbaye de Lessay (Manche). Avec 24 choristes au lieu de 32, éclatés dans l’abbaye, et 200 spectateurs au lieu de 500. Moins de recettes et moins de coûts. « Je ne brade pas, je profite que l’abbaye fasse caisse de résonance afin de créer d’autres émotions sonores et visuelles. »

 

Par Michel Guerrin

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Olivier Mantei : « Laisser chaque maison assumer la responsabilité des conditions de réouverture »

Olivier Mantei : « Laisser chaque maison assumer la responsabilité des conditions de réouverture

 


Olivier Mantei, Directeur de l’Opéra Comique, co-actionnaire des Bouffes du Nord et Président du Festival des Heures Musicales de l’Abbaye de Lessay fait le point sur sa gestion de la crise du Covid-19 et dévoile ses préconisations pour la reprise.

Olivier Mantei, quelle a été votre politique en termes de rémunération des artistes pour les spectacles annulés ?

L’objectif est d’être le plus équitable possible en fixant des paramètres : j’en ai trois. Le premier est le travail réalisé : certaines productions ont commencé leurs répétitions, c’est le cas de Macbeth Underworldet du Voyage dans la luneLe second critère est une éventuelle reprogrammation du projet, et le délai dans lequel le report peut avoir lieu : certains spectacles, plus petits, ont pu être décalés la saison prochaine, alors que d’autres le sont dans deux saisons. Le troisième facteur est le niveau de rémunération : l’idée est de ne laisser personne sur le bord du chemin. Les salaires les plus bas ont donc été couverts complètement. Les salaires moyens sont indemnisés à 50% et les plus gros salaires à 25% (sachant que le « top fee » à l’Opéra Comique pour les solistes est de 10.000 euros par représentation). Ces trois critères me paraissent équitables, ils nous permettent d’avoir une ligne et de protéger tout le monde. Nous les avons établis à un moment où nous pensions pouvoir bénéficier du chômage partiel, ce qui n’est finalement pas le cas. Nous les avons maintenus malgré tout. Nous avons aussi veillé à payer les indemnités sous forme de salaires et non de dédits pour ceux des artistes qui ont besoin d’heures. Les charges associées ont donc un coût supplémentaire.

Pourquoi n’avez-vous pas pu bénéficier du dispositif de chômage partiel ?

Malheureusement, l’Opéra Comique ne peut pas en bénéficier en tant qu’Etablissement public, ce qui est une mesure surprenante et inégalitaire vis-à-vis d’autres structures subventionnées. Tout établissement subventionné à plus de 50% aurait dû être logé à la même enseigne et ne pas avoir droit au chômage partiel pour ses permanents -quel que soit son statut- mais en bénéficier en revanche pour ses emplois à durée déterminée liés aux productions.

Cela a-t-il creusé un déficit ?

Oui, mais ce déficit reste pour l’instant gérable. Ce n’est pas le cas de structures dont la part des ressources propres est beaucoup plus élevée. Les ressources propres de l’Opéra Comique sont d’environ 40% : cet équilibre permet d’assurer une forme de sécurité. A ce stade, le déficit est d’environ 500.000 €, ce qui reste sous contrôle à l’échelle d’un budget de 20 millions. A l’inverse, les subventions du Théâtre des Bouffes du Nord ne s’élèvent qu’à 15%. C’est quasiment un théâtre privé qui fonctionne avec des missions de service public. Les ressources propres couvrent donc les salaires des permanents. C’est l’activité de tournées internationales qui finance le théâtre. Or, cette activité s’est arrêtée bien avant le confinement. L’impact a été immédiat. Aux Bouffes, le déficit est déjà de l’ordre de 800 K€ à l’échelle d’un budget de 4 à 5 M€ : c’est beaucoup plus grave. C’est la part de subvention publique qui détermine les difficultés que le lieu doit affronter, et non sa nature ni son statut.

Olivier Mantei (© Irène de Rosen)

Réné Massis propose de revoir la manière dont les contrats sont rédigés pour sortir de la rémunération à la représentation. Qu’en pensez-vous ?

Nous identifions déjà des temps de répétition dans la rémunération. Mais l’idée d’une harmonisation, dès lors qu’elle est cohérente, est toujours positive : cela permet à chacun d’avoir les idées claires.

Il propose également de revenir à un fonctionnement en troupe. Vous avez vous-même mis en place une troupe virtuelle : que pensez-vous de cette proposition ?

J’aime bien l’idée de troupe. Nous avons une génération de chanteurs français particulièrement douée pour le chant mais aussi pour la scène. Le niveau théâtral des chanteurs français est incroyablement élevé. Nous avons toujours eu de très bons chanteurs, mais aujourd’hui ils sont plus nombreux. C’est une richesse qu’il faut mobiliser dans tous les répertoires, le plus régulièrement possible. Je trouve cependant ambitieux de restituer le fonctionnement permanent d’une troupe. Malheureusement, l’économie actuelle ne va pas dans ce sens-là. Il faudrait assumer une activité beaucoup plus dense et revenir à du théâtre de répertoire. Il n’est pas dans l’air du temps d’augmenter significativement les coûts d’une institution.

Par ailleurs, je ne suis pas certain que les chanteurs le souhaiteraient réellement, même s’ils ont un esprit de troupe. Les chanteurs français rêvent de voyager, de travailler dans d’autres maisons, de liberté. Or, la troupe est une astreinte à résidence. Cela impliquerait d’enchaîner les productions dans une même maison avec moins de liberté et de diversité. La permanence n’est pas seulement un statut social. Peut-être que ce désir de fonctionnement en troupe vient de la crise que nous traversons et de la crainte d’un repli sur soi et de la fermeture des frontières…

Sur quels principes fonctionne votre troupe virtuelle ?

Sur le principe de la fidélité non-exclusive, en impliquant les artistes régulièrement sur des petites et grandes formes, ciblées sur un répertoire spécifique qui est le nôtre. Il y a aussi, quand c’est possible, une notion de forfaitisation de la prestation des chanteurs engagés sur plusieurs projets dans l’année. Cette position n’est pas toujours facile à tenir : il nous faudrait une activité plus dense et des chanteurs plus disponibles. Mais j’ai le sentiment que nous avons une famille de chanteurs identifiés à la Salle Favart. C’est une troupe non permanente.

Comment voyez-vous l’éventualité d’une reprise ?

Je souhaite ouvrir dès que possible.”

Je souhaite ouvrir dès que possible. Nous allons encore subir des annulations liées à des raisons logistiques de transport et d’engagements internationaux. Il va falloir s’adapter et être réactifs, même si la réactivité n’est pas la première qualité de l’opéra. Nous aurons une vision plus précise à compter du 2 juin, lorsque nous aurons mesuré l’impact du déconfinement. Soit vous avez un vent d’optimisme qui souffle, et va alors s’installer l’idée que le virus est maîtrisé, au moins temporairement, et nous pourrons alors ouvrir de plus en plus les salles, soit les indicateurs ne sont pas bons et ce sera plus compliqué. Je suis président du Festival de Lessay : la programmation est prête. Nous avons tout prévu pour pouvoir jouer : la jauge réduite, les mesures barrière, la réduction du programme, la réduction des effectifs, la spatialisation des artistes. Dans une abbaye, tout est plus simple et plus naturel car on y rêve d’être seul avec les artistes. Le vide est un luxe. Mais nous avons pu trouver un équilibre financier. Il ne manque que les autorisations.

Quels sont les scénarios envisageables ?

Si on n’ouvre pas en septembre, pourquoi en octobre ou en novembre ?”

Il y a quatre cas de figure. D’abord le cas optimiste qui consisterait à tout ouvrir avec les jauges d’origine. Dans ce cas, l’enjeu sera de recréer le désir : il faut que le public vienne toujours malgré les contraintes qui demeurent. Les mesures barrières peuvent créer aussi des barrières psychologiques. A l’inverse, il y a le scénario catastrophe où tout reste fermé. La troisième option serait une ouverture par défaut, qui reposerait sur la conviction qu’il faut recréer un lien physique avec le public et que l’univers virtuel et numérique a ses limites. Dans ce cas, le spectacle vivant doit reprendre ses droits. Il faut alors inventer de nouveaux spectacles qui permettent d’être joués à jauge restreinte, avec de plus petites formes. On pourrait par exemple inverser salle et scène : installer un public restreint sur la scène dans un espace qui donnera l’impression d’être plein avec les artistes qui jouent dans la salle. 60 personnes sur le plateau de l’Opéra Comique c’est magique. 250 personnes dans la salle c’est déprimant. Cette solution marche un mois, et ne justifie pas bien sûr 8 M€ de frais de fonctionnement. Or, si on n’ouvre pas en septembre, pourquoi ouvririons-nous en octobre ou en novembre ? Il y a donc un quatrième scénario utopiste dans lequel on garde la programmation prévue mais on joue avec des tiers ou des quarts de jauges. C’est irréaliste d’un point de vue économique, bien sûr : on ne peut pas construire une programmation en se basant sur une hypothèse de remplissage de 90% et faire comme si cela ne changeait rien de passer à 25%. Mais il y a également des conséquences artistiques : si certains lieux et certains spectacles sont favorables aux jauges contenues, pour d’autres la dynamique, l’énergie tient dans la relation au public et dans sa densité.

Vous semble-t-il possible de jouer sans entracte ?

Il n’y a que des cas particuliers. Il y a un principe de réalité qui fait que les préconisations peuvent s’appliquer dans certains lieux mais être totalement impraticables dans d’autres. La question est ce que l’on est en mesure de proposer techniquement et artistiquement pour créer un lien de confiance et de sécurité. Par exemple, pour le Festival de Lessay, j’ai revu la programmation pour que tout soit sans entracte. Mais un opéra de trois heures ne peut pas se jouer sans entracte. Les spectateurs sortiraient de toute façon de manière inopinée, mettant en péril les mesures barrières que nous aurions mises en place.

Qu’attendez-vous des annonces du gouvernement début juin ?

pas plus de risques que ceux qu’ils prennent ailleurs au quotidien”

Quoi qu’il arrive, si un foyer de contamination se produit dans son théâtre, le seul responsable sera le Directeur, quelles que soient les mesures autorisées par le gouvernement. Partant de là, le mieux serait de laisser les directeurs de chaque maison assumer pleinement la responsabilité des conditions de réouverture. Il faut mettre en place un cadre général, et chaque lieu en fonction de la nature de ses spectacles, de son lieu, de ses espaces, doit pouvoir décider de la manière dont il les applique. Si le déconfinement se passe bien, nous ferons en sorte que les spectateurs et les artistes ne prennent pas plus de risques que ceux qu’ils prennent ailleurs au quotidien. Il s’agit de mettre le spectateur et l’artiste en confiance sur l’absence de danger. Si le virus est actif, le public n’aura de toute façon pas envie de venir. La crainte persistera quelles que soient les mesures que nous mettrons en place. On rentre tellement dans le détail des prescriptions qu’on en oublie un principe évident qui va nous guider le moment venu, qui est celui de la confiance mutuelle et la sécurité que ressentiront le public, les artistes et les organisateurs. C’est un élément fondamental. Et n’acceptons pas les annulations de spectacles très anticipées et abusives qui n’ont pas encore de fondements avérés.

 

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Par Damien Dutilleul

Mozart et Charles Quint à Lessay

Mozart et Charles Quint à LessayPour la grand-messe de Requiem de Charles Quint, le chef Simon-Pierre Bestion dispose la scène au milieu de la nef. Les 35 interprètes de l’ensemble “La Tempête” déambulent dans l’abbatiale parmi le public, ravi et tout ouï. –  Jacques Dudouit

 

Vendredi 26 juillet, le coordinateur artistique Charles Brossillon a présenté le 3e concert de la 26eédition des Heures musicales.

L’abbatiale a accueilli le violoniste David Grimal et son ensemble “Les Dissonances” pour un concert exceptionnel puisqu’il a interprété trois concertos pour violon dans la soirée.

David Grimal a mis à l’honneur un compositeur, le plus connu d’entre tous, Wolfgang Amadeus Mozart ! Le soliste français a exprimé tout son talent et sa fougue, soutenu et porté par son ensemble qui a la spécificité de jouer sans chef d’orchestre.

Ce concert a permis de s’évader dans les libertés de Mozart.

Mardi 30 juillet, quelque 400 mélomanes ont applaudi l’ensemble vocal et instrumental “La Tempête” dirigé par Simon-Pierre Bestion avec une mise en scène originale. Les 35 interprètes se sont déplacés dans l’abbatiale autour d’un podium placé au milieu de la nef. Une façon de plonger le public dans la grand-messe de Requiem pour Charles Quint. Héritier des Flandres, des Pays-Bas, de l’Autriche et de l’Espagne, le jeune empereur, venu de Bruxelles, découvre la Castille à 19 ans.

Lassé, il abdique en 1555 et se retire au monastère de Yuste où il meurt trois ans après. Simon-Pierre Bestion imagine son oraison funèbre avec les musiques de son empire étendu, tantôt posées tantôt enjouées, d’inspiration espagnole, flamande, portugaise, mozarabe, française… Un régal !

 

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Lessay. Une salle comble pour le concert des Dissonances

David Grimal et son ensemble, Les Dissonances, ont séduit le public, vendredi.

David Grimal et son ensemble, Les Dissonances, ont séduit le public, vendredi. | OUEST-FRANCE

Vendredi, l’abbatiale était comble pour accueillir le violoniste David Grimal et son ensemble Les Dissonances. Il a interprété trois concertos pour violon en choisissant de mettre à l’honneur Wolfgang Amadeus Mozart. L’assistance a été conquise et David Grimal est revenu interpréter, en solo, une œuvre de Bach.

Informations et réservations : www.heuresmusicalesdelessay.com

 

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Un orchestre sans chef d’orchestre

Un orchestre sans chef d'orchestre
Le violoniste David Grimal a fait le pari de créer un orchestre sans chef d’orchestre où chaque musicien est pleinement responsable du concert final. L’ensemble ” Les Dissonnances ” donne trois concertos de Mozart. – Jacques Dudouit

La 26e édition des Heures musicales de l’abbaye de Lessay se poursuit avec deux nouveaux concerts qui commencent à 21 h précises.

Vendredi 26 juillet : l’ensemble “Les Dissonnances” donne trois concertos de Mozart. Le violoniste David Grimal a fait le pari de créer un orchestre sans chef d’orchestre où chaque musicien est pleinement responsable du concert final.

Mardi 30 : à la tête de l’ensemble la Tempête, Simon-Pierre Bestion met en valeur la musique sacrée baroque espagnole avec la grande messe pour le requiem de Charles Quint et la Bomba Flamenca. Venu de Bruxelles, le jeune empereur découvre l’Espagne. A sa mort en 1558 à Yuste en Castille, le chef imagine son oraison funèbre avec les musiques de son temps héritées des Flandres et de la péninsule ibérique.

Cette année, la totalité des CD sera disponible jusqu’à la fin du festival le 16 août et les artistes dédicaceront leurs œuvres à l’issue de chaque concert. Par ailleurs, des visites guidées permettent de découvrir les jardins de l’abbaye à 19 h 30, 20 h et 20 h 30 (2 €) et un espace gourmand offre une restauration légère à partir de 19 h et pendant les entractes.

Réservations : en ligne www.heuresmusicalesdelessay.com/reservations/, aux offices de tourisme de Lessay et La Haye-du-Puits ou bien sur place à partir de 19 h. Tarif : de 15 à 42 €. Réduit : de 15 à 33 €. Scolaires : 5 €. Membre donnant droit à réduction : 25 €. Tél. 02 33 45 14 34.

 

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Les Heures Musicales de Lessay : un programme chargé du 19 au 26 juillet

Les Heures Musicales de Lessay : un programme chargé du 19 au 26 juilletL’abbaye de Lessay (Manche) va accueillir les meilleurs musiciens baroques mondiaux pendant un peu plus d’un mois.
– Jacques DudouitPar : Baptiste Allaire

La 26e édition des Heures Musicales de l’abbaye de Lessay commencent ce vendredi 19 juillet 2019, et dureront jusqu’au vendredi 16 août prochain. Petit zoom sur le programme de la première semaine de festivités.

Dans l’exceptionnelle abbatiale romane Sainte-Trinité, construite au XIe siècle, se succéderont pendant un mois de nombreux concerts de musique baroque.

Les Arts Florissants

L’ensemble Les Arts Florissants fête cette année ses 40 ans. Ces chanteurs et instrumentistes amoureux de musique baroque font partie des formations les plus réputées dans le monde et ont remis au goût du jour la musique française et européenne des XVIIe et XVIIIe siècles.

Les Arts Florissants présentent chaque année une centaine de concerts et de représentations d’opéras en France, dans des lieux prestigieux comme la Philharmonie de Paris, mais aussi à l’étranger, dans les plus grandes villes du monde.

A Lessay, les 16 chanteurs et 16 musiciens du groupe dirigé par l’artiste écossais Paul Agnew, reconnu dans le monde entier, interpréteront le Kyrie RV.587 et Credo RV 591 du célèbre Antonio Vivaldi, puis le Dixit Dominus de Baldassare Galuppi et le Dixit Dominus HWV 232 de Georg Friedrich Haendel. Il s’agit de l’unique prestation du groupe en Normandie en 2019.

Informations pratiques : vendredi 19 juillet 2019, à 21h dans l’abbatiale de Lessay. Réservations sur le site de l’abbaye, de 14 à 32 euros pour les places encore disponibles, 5 euros pour les scolaires.

Les éléments

Crée en 1997 par Joël Suhubiette, Les éléments explorent tous les styles musicaux, du répertoire ancien à la création contemporaine. Nommé ensemble de l’année aux Victoires de la Musique classiques en 2006, le chœur de chambre est apprécié par la critique et les chefs d’orchestre qui travaillent avec lui, qui lui reconnaissent une “beauté de son, pureté et transparence“.

L’Opéra Comique et le Théâtre des Champs-Élysées sollicitent fréquemment Les éléments pour les avoir sur leurs scènes. Mais l’ensemble va aussi en province et dans les festivals de musique baroque.

A Lessay, Les éléments interpréteront plusieurs œuvres des artistes italiens Antonio Vivaldi et Antonio Caldara.

Informations pratiques : mardi 23 Juillet 2019, à 21h dans l’abbatiale de Lessay. Réservations sur le site de l’abbaye, de 15 à 24 euros pour les places encore disponibles, 5 euros pour les scolaires.

Les Dissonances

Les Dissonances ne sont pas un groupe comme les autres. Ici, pas de coups de baguette du chef d’orchestre. Le violoniste David Grimal s’occupe pourtant d’un groupe de 80 musiciens, qui travaillent tous en harmonie.

Depuis 15 ans, les Dissonances réunissent des solistes de renommée internationale et des jeunes talents en début de carrière. Le collectif revisite le répertoire symphonique dans toute l’Europe, et se produira pour la première fois en Asie, en novembre 2019.

A Lessay, les 22 musiciens présents des Dissonances interpréteront trois concertos pour violons de Wolfgang Amadeus Mozart.

Informations pratiques : vendredi 26 Juillet 2019, à 21h dans l’abbatiale de Lessay. Réservations sur le site de l’abbaye, de 15 à 30 euros pour les places encore disponibles, 5 euros pour les scolaires.

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