Heures Musicales de l'Abbaye de Lessay

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Les Arts refleurissent à Lessay

 

En cet été 2020, et conformément à la promesse de son Président Olivier MantéiLes Heures Musicales de l’Abbaye de Lessay maintiennent leur programmation malgré les conditions particulières requises pour le bon déroulement des concerts comme le port du masque, l’application de gel hydroalcoolique et la gestion des entrées et sorties. Dans la nef, le public est à distance les uns des autres comme recueilli sous les voûtes sur croisée d’ogive. De même sur la scène, les artistes, moins nombreux qu’à l’accoutumée, respectent un dispositif scénique adapté.

 

La rigidité du protocole entraîne cependant quelques désagréments. La disposition espacée est peu favorable à l’homogénéité d’un continuo et le répertoire instrumental choisi n’est pas toujours adapté à l’effectif réduit, notamment le concerto grosso qui nécessite une formation plus importante afin de différencier le ripieno (petit groupe de solistes) du grosso (tutti).

Le programme s’articule autour de pièces de Haendel extraites d’oratorios entrecoupées d’interludes instrumentaux comme conçu à l’époque. Haendel composait souvent pour des chanteurs célèbres qu’il connaissait. Dans ce programme, le rôle de Saint-Jean dans la Resurrezione HWV 47 (1707) est écrit pour l’italien Vittorio Chiccheri. Ce ténor, admiré pour sa grande expressivité, créa des rôles dans des œuvres de Caldara, Albinoni, Scarlatti. Les autres extraits étaient destinés au ténor anglais John Beard connu pour être un chanteur puissant adulé de son temps. Charles Burney disait de lui : « Beard est un énergique chanteur anglais et un excellent acteur… avec une voix qui était plus puissante que douce. Dans les oratorios de Haendel, il avait toujours un rôle capital ». Paul Agnew relève le défi de s’approprier les différentes vocalités de ces deux chanteurs, douceur expressive du premier et puissance « virile » du second, notamment dans les airs « Caro Figlio, amato Dio » extrait de La Resurrezioneet l’air de Jephté « his mighty arm, with sudden blow, dispers’d ». 

Dans le premier, qui évoque la rencontre entre Marie et Jésus ressuscité, le ténor incarne San Giovanni dans une grande douceur et beaucoup d’émotion. Paul Agnew interprète avec sensibilité, phrasant très souplement et diversifiant les couleurs vocales jusqu’à en perdre quelque peu la ligne de chant par de nombreux changements d’intensité dans les phrases. Il peut également incarner Jephté rentrant de bataille et fier d’être vainqueur dans un air vaillant et virtuoseSon implication est totale et théâtralisée avec un grave développé perdant parfois l’accroche, ce qui entraîne une perte de brillance du timbre. À l’opposé de la tessiture, il allège facilement les aigus en voix mixte (caractéristique des haute-contre à la française) et conserve la clarté des voyelles par une couverture tardive du son.

Les musiciens, heureux de se produire et de se retrouver (s’agissant de leur premier concert depuis mars), commencent leur programme en rendant hommage à Sainte-Cécile dans la cantate « Look down, harmonious Saint ». Ils communiquent leur joie par une pulsation implacable du continuo dans un tempo qui avance. Le chanteur est en connivence avec les instrumentistes, notamment avec les violonistes qu’il désigne lorsqu’il évoque les sweet accents.

À la fin de la première pièce, Paul Agnew interpelle avec humour le public masqué, ne percevant pas ses réactions : « C’est très étrange de vous voir masqués, on ne sait pas si vous passez un bon moment ». Le public le rassure promptement par des applaudissements chaleureux.

Le programme se termine par le dernier air de Jephté, également le dernier air écrit par Haendel devenu aveugle. Cette douce et émouvante prière écrite alors que le compositeur traversait un moment difficile de sa vie rappelle combien la musique aide à surmonter les épreuves.

Entouré d’instrumentistes talentueux, le ténor interprète en bis un air du Messie (Comfort ye my people) se délectant de l’acoustique particulière de l’abbaye à travers de longues tenues et dans une convergence d’énergie communicative.

Par Védérique Boupin
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